Le but de cet article n'est évidemment pas de prendre parti pour un camp ou l'autre. Parce que l'on serait tenté de penser qu'il y a bien deux camps dans cette affaire.
Personnellement, je pense qu'il y en a trois.
1. Des "jeunes" qui ont un problème avec la BAC, et je les comprends, étant donné qu'historiquement, la présence policière dans les quartiers n'a pas été uniquement cordiale et fraternelle, c'est un euphémisme. Contrôle au faciès, contrôles à répétitions, etc, etc... Certains diront, pourquoi, faudrait il qu'elle soit fraternelle ? je répondrais pour ça : "liberté, égalité, fraternité". la fameux slogan qui n'a jamais été mis en pratique dans notre république. Parce qu'un contrôle d'identité ou une déambulation de routine n'a pas être une "mission de surveillance et civilisatrice".
2. La BAC (et la notion de force de l'ordre en général) dont certains je pense ont aussi un problème avec ces jeunes.
3. Le troisième camp est le terrain à investir pour régler ces situations qui ne datent pas d'hier.
Ce camp est la volonté de beaucoup depuis longtemps de pointer les causes de ces situations répétitives et dramatiques. dramatiques pour celles et ceux qui perdent un proche, parfois injustement. Dramatiques parce
Les causes, tout le monde les connait. Mais ce genre de drame donnera-t-il naissance à autre chose qu'une politique sécuritaire et une police de répression ?
Ce drame permettra-t-il autre chose que des commentaires racailles/carsher ?
Depuis 30 ans que les quartiers revendiquent le droit à une vie digne, depuis 30 ans que les politiques de la ville ne répondent pas à ces attentes, depuis 30 ans que les partis de droite et de gauche instrumentalisent les quartiers, il est urgent que les quartiers deviennent acteurs de leur propre histoire.
Nos quartiers servent de défouloir pour des politiques et des médias en mal de petites phrases assassines sur les "territoires perdus de la République", "parents irresponsables", "zones de non-droit" "mafiatisation" et autres "dérives islamistes". Les habitant-e-s, et notamment les jeunes, sont stigmatisé-e-s et désigné-e-s comme les principaux responsables des dérives de notre société. Ça ne coûte pas cher de donner des leçons de civisme et de montrer du doigt les "racailles", les "sauvageons" ou les "raclures" en les jetant à la vindicte populaire.
Les banlieues deviennent une problématique à part, dont on confie la gestion à la police et à la justice. Pourtant des révoltes des Minguettes (1981) à celles de Vaulx-en-Velin (1990), de Mantes-la-Jolie (1991) à Sartrouville (1991), de Dammarie-les-Lys (1997) à Toulouse (1998), de Lille (2000) à Clichy sous Bois (2005), les messages sont clairs :
Assez des crimes et des violences policières impunis, des contrôles aux faciès, des écoles au rabais, assez de chômage programmé, de sous-emplois, de logements insalubres, assez de la prison, assez de hagra et d'humiliations ! On s'habitue aux souffrances silencieuses de millions d'hommes et de femmes qui subissent au quotidien des violences sociales bien plus dévastatrices qu'une voiture qui brûle.
(extrait de l'Appel du FSQP)
Philippe Robin, Pas à Pas.